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samedi 25 avril 2009

Rencontre Eduardo Lago / Enrique Vila-Matas / André Gabastou

Il faut tuer Borgès !

On attendait beaucoup de la rencontre entre ces deux écrivains espagnols, très exposé ces derniers temps dans la presse française. On a pas été déçu. Une discussion où les deux auteurs ont exposé leur rapport à la littérature, la digestion de leurs influences, le dialogue entre littérature anglo-saxonne et hispanophone, ou l'éthique de l'écrivain, pris entre le fait d'écrire pour lui-même et le besoin de rentrer dans l'arène. Un entretien donc très intéressant à lire ci-dessous :



Enrique Vila-Matas : Eduardo Lago est un grand ami, mais son livre est très différent des miens. J'aurais aimé écrire son livre, mais je ne l'aurais pas pu car nous n'avons pas la même expérience de la vie.


Question : votre livre : je m'appelle Brooklyn a-t-il subi les influences de Nadja d'André Breton ?


Eduardo Lago : A propos de Enrique Vila-Matas : c'est quelqu'un d'une grande expérience professionnelle et d'une extrême générosité mais on ne peut pas dire qu'il m'ait influencé.

Par rapport à Nadja, non on ne peut pas dire que je m'inscris dans le surréalisme.


Question : On a pas impression que ce livre soit un premier roman.


Eduardo Lago : ce roman n'est pas autobiographique : le seul personnage biographique est le peintre. Il s'appelle Antonio Ramos et est mon oncle qui a vécu toute sa vie à Paris.


Concernant ce livre, j'ai toujours écrit pour moi, mais jamais je n'ai eu l'intention de publier. Pour l'anecdote, le peintre qui a fait couverture m'a dit : « excuse-moi mais j'ai lu tes nouvelles et je me demande : pourquoi tu les publie pas » ? Mais j'avais peur : le monde littéraire est impur. Il y a beaucoup de jalousie etc. J'ai montré mon manuscrit à mon agent, et il m'a dit : je peux le publier mais sous la forme roman, pas de nouvelles. Alors j'ai détruit les nouvelles, et j'ai commencé à écrire un roman. J'ai tout repris pour ça que ça ait l'air mature. En tout il m'a fallu six ans pour écrire tout ce matériel.


Enrique Vila-matas : Il y a un aspect très poétique dans ce que tu écris.

Je suis tout à fait d'accord dans ce que tu dis sur le monde de la littérature : quand on écrit : on écrit pour soi, on ne cherche pas à le montrer au monde. De plus, il y a beaucoup de jalousie : on a toujours des problèmes avec l'un et l'autre. C'est un monde horrible sauf si tu ne sais pas si ce que tu vas écrire sera publié.


Lago : Ce que je trouve formidable dans les livres de Vila-Matas, c'est le silence poétique. Par exemple tu utilises l'image d'un poète anglais qui écrivait son poème sur du papier cigarette et le fumait.


Question : Vous défendez l'art pour l'art, mais à un moment il faut aller dans l'arène, non ?


Eduardo Lago : Oui : il y a une forme de couardise sinon. Écrire, c'est beaucoup de joie et aussi beaucoup de souffrances. Philip Roth dit : j'ai écrit 30 romans, je ne suis pas un homme heureux.


Enrique Vila-Matas : Tu parlais des grands écrivains de la génération de mes parents : ils sont un peu connus en Espagne, mais ils seront bientôt oubliés : c'est dommage. Mais si tu penses que l'important c'est juste d'écrire, c'est parfait.


Question : Enrique Vila Matas, votre nouveau livre est un journal intime mais d'une certaine façon , c'est encore un roman. Il y a notamment une réflexion constante sur la littérature


Enrique Vila Matas : Je commente le monde entier. Mon journal est donc aussi tourné vers le monde. Mais l'idée est que je suis toujours en décalage : j'arrive toujours après.


C'est comme Joseph K dans Kafka : « raconte-le moi, mais raconte-le moi entier » : il ne voulait pas de récit fragmentaire. Kafka cherchait le récit total, complet.


Question : vous cherchez aussi à faire le roman total ?


Eduardo Lago : Oui. Je n'ai compris ce que j'ai fait qu'après l'avoir fini. On m'a dit : votre roman est très cerventin. C'est un argument très commercial. J'ai écrit un roman fragmenté. Mon roman tient sur deux narrateurs : le premier va mourir et demande au deuxième de finir le roman. Dans Don Quichotte, Cervantès n'est pas le narrateur : c'est un manuscrit qu'il trouve et qu'il commente. Je vis à New York depuis 32 ans, je suis traducteur. J'ai voulu importer toutes ces techniques vues chez les grands auteurs américains. Et je voulais aussi garder l'esprit de Joyce : il faut oser, brusquer la structure.

André Gabastou (traducteur des deux écrivains) : En France, il n'y a pas de tradition du récit fragmenté.


Eduardo Lago : Dans mon roman, il y a un personnage qui s'appelle Joy Gould : il est journaliste et écrit l'histoire orale du monde à travers des discussions enregistrées à New York.


Enrique Vila Matas raconte une anecdote où il se cache des journalistes.

Enrique Vila Matas : Mon rapport avec la critique est que moi-même je crois que je suis un critique. La critique a fait avancer l'histoire de la communication du livre à l'extérieur. Je suis plus préoccupé par la critique qu'aucun écrivain. Je suis tellement inquiet de la critique que la critique la plus misérable m'inquiète. Je suis toujours prêt à me réformer, mais je me réforme jamais. Mais j'écoute.



Serge Gainsbourg a dit dans une émission de télévision [dans mon zénith à moi, face à Catherine Ringer] : nous avons de l'éthique. Pour moi, ce qui est très important, est de ne pas oublier le passé. Mais cette morale n'est que pour moi. Tout ne se vaut pas non plus, contrairement à ce que dit le proverbe.


Dire que l'humour est le seul sens du monde n'est pas nihiliste : c'est juste l'idée que quand on arrive au bout, il faut rire.


Question : un autre passage amusant du livre est quand vous parlez du difficile art d'offrir des livres : il y a un danger que l'autre puisse penser que le titre du livre contienne un message caché sur sa propre vie.


Enrique Vila-Matas : Je pense qu'il y a une clé cachée dans l'univers : j'ai toujours eu peur que ce qu'elle révèle n'arrive. Avant je pensais que le sens caché venait de la traduction : par exemple, je suis traduit en Allemagne, et j'ai visité des villes avec mon traducteur, mais il ne me parlait pas. Je ne pouvais parler à personne. Je voyais les gens parler et j'écrivais un journal où je disais ce que je pensais qu'il s'était passé ou dit. Le traducteur m'a dit en le lisant que j'avais à chaque fois compris l'inverse de ce qui s'était réellement passé. Pendant longtemps, j'ai cru que c'était à cause du traducteur, mais en fait, c'est juste ma façon de vivre.


Question : Peut-on parler d'influence de la littérature américaine sur votre littérature ?


Eduardo Lago : La littérature espagnole est prisonnière du réalisme. Je suis très influencé par Don Delillo et surtout par Thomas Pynchon. Pynchon est quasiment illisible, mais il est très important. Tout comme Joyce : très important même si parfois ennuyeux.


Question : en tant que directeur de l'institut Cervantès de New-York, comment vivez-vous votre travail de médiation de la littérature espagnole aux Etats-Unis.


Eduardo Lago : Les Etats-Unis sont un pays où un quart de la population est hispanophone. Ce sera bientôt le pays où il y aura le plus d'hispanophones au monde. New York est un point de rencontre, la capitale de la littérature américaine. Il est important de mettre les gens ensemble. C'est ce que j'essaie de faire en terme d'événements, faire se rencontrer des écrivains américains et espagnols.


Mon livre est un chant à l'amitié. C'est très important.


Question : Vous inscrivez vous dans un mouvement Néo-Borghesien ?


Eduardo Lago : Il faut tuer Borgès. On ne peut rien faire sinon, car il a déjà tout fait. C'est un des plus grands, comme une icône. Mais on ne peut pas le refaire.


Enrique Vila-Matas : Quand j'ai commencé, je voulais être Gombrowicz mais je ne pouvais pas l'être : en fait ce que je fais n'a rien à voir.


Propos retranscrits par Benjamin Sausin


mercredi 15 avril 2009

Compte rendu des inséparables : lecture dansée de Marie Nimier (mots) et Claudia Gradinger (corps)



Une histoire presque banale. Deux jeunes filles, deux amies, inséparables et pourtant séparées par la vie, par des destins très différents. Les retrouvailles sont toujours touchantes et poétique, même quand la réalité se fait sordide.

Récit d'une amitié, les inséparables se prêtait tout naturellement à être lu en duo. Pourtant, c'est presque par hasard que ce « spectacle » (Marie Nimier n'aime pas trop ce mot, car c'est plus que de la lecture, mais moins que du théâtre) s'est monté. Marie Nimier et Claudia Gradinger ont commencé à travailler ensemble autour d'un spectacle basé sur les plantes vertes (Claudia Gradinger devait y être formidable en ficus), et puis il y avait ce texte que l'écrivain venait de terminer : l'occasion comme souvent a fait le larron. Quelques semaines de répétitions intensives, et nous voilà avec un spectacle transposable en tous lieux, sans en pâtir.

Il y a bien quelque chose du théâtre dans cette performance : un texte, des personnes sur scène, un espace délimité par du scotch blanc apposé au sol, un lecteur de cd portatif pour la musique. Mais Marie Nimier refuse cette appellation, car il n'y a pas d'acteurs à proprement parler. Juste elle qui lit et Claudia Gradinger qui danse. Malgré tout, ce n'est pas si simple : dans la relation Marie Nimier / Claudia Gradinger sur scène, il y a beaucoup de la relation entre cette narratrice qui parle, et son amie Lea qui vit si intensément, comme un papillon toujours à deux doigts de se brûler les ailes, et dont les émotions passent avant tout par le corps. Et puis, il y a tous ces apartés entre les deux performeuses, certains répétés d'autres pas, qui apportent une vraie touche de vie dans la représentation.

Cette lecture dansée est un spectacle compact, crée pour pouvoir être joué n'importe où, avec un minimum de répétitions, un work-in-progress permanent. Crée dans l'urgence, elle se concentre sur l'essentiel : les deux amies, une chorégraphie basée sur les moments forts de cette relation d'amitié, pas de décor. Une épure du roman, dont la simplicité n'empêche pas la subtilité. Si on sent Marie Nimier pas encore complètement à l'aise dans la lecture à haute voix (surtout si on la compare à la performance de Jacques Bonaffé le lendemain sur le texte d'Olivier Adam), la danse de Claudia Gradinger, simple mais subtile apporte énormément. Le final, chorégraphie sur l'activité de prostitution de Léa, dansée sur la musique hypnotique de death in vegas, prend le risque du sordide pour trouver une sorte de grâce très fragile. Et puis le texte lui-même est très fort : poétique sans tomber dans le naïf, tout simplement touchant.

En somme, difficile de dire s'il s'agissait là d'une lecture ou d'un spectacle, mais il n'y a aucun doute que cette performance fut de grande qualité : on espère qu'elle continuera à tourner dans les bibliothèques, salons, et pourquoi pas scènes de théâtre.


En cadeau bonus de cet article, retrouvez ci-dessous la transcription (la plus exacte possible j'espère) des propos de Marie Nimier et Claudia Gradinger, tenus après la performance :



A propos de la création de cette lecture-dansée


Marie Nimier : On s'est retrouvé dans une compagnie de danse : Petite forme autour d'un texte sur une plante verte. On a eu envie de travailler ça un peu plus. Mais je venais de terminer les inséparables.

On ne pouvait pas le lire en entier. Claudia l'a lu, et a aimé. Comme c'était une longue histoire, le problème était : quelle danse on crée là dessus ? On s'est senti assez libre pour bouleverser la chronologie, l'histoire et la réduire à une nouvelle. Les chorégraphies viennent aux moments clés : quand les deux amies sont toutes près.

Au début, il y avait trop de texte, on a fait tomber du texte. Comme si on faisait tomber le texte à la passoire et qu'on le centrait sur les deux amies.


A propos de la dualité entre le corps qui bouge, et la lecture.


Marie Nimier : La douleur de l'écrivain, c'est le corps contraint. (...) La douleur, ce n'est pas pas la page blanche mais rester derrière une table, immobile. Lire à voix haute est une façon de faire respirer les mots autrement. Le texte est un peu modifié car il s'agit d'une lecture à voix haute : faut le rendre sonore alors que texte est une voix silencieuse.

Ici, beaucoup de mots se répètent, il faut mettre en évidence la valeur rythmique. Cela a été inspiré par mon expérience des livres pour enfants basés sur l'oralité.


Question : on sent beaucoup de réserve dans votre attitude à toutes les deux durant le spectacle


Marie Nimier : Le mot réserve a beaucoup de sens : on ne sait pas ce que la vie nous réserve. Intéressant : dans une page on a une marge, qui est la réserve. Ici, on a un carré de 5 mètres : on peut être dedans ou dehors. La réserve sépare, quand le texte parle de prostitution. Il faut protéger le corps de son personnage.


Claudia Gradinger : Ne pas trop dire, ne pas être redondant.


Marie Nimier : On a pas l'impression qu'elle se retient, et en même temps, elle est réservée, en retenue. Elle a la volonté de ne pas tomber dans le spectacle de strip-tease. Pas une pudeur idiote, mais de la réserve.

A un moment, Claudia monte sur mes genoux : on appelle ça faire la langoustine : TIENS MARIE ON VA FAIRE LA LANGOUSTINE !

Dans d'autres situations, je dois parler avec la feuille, le micro, et la langoustine : on est dans une impudeur extrême des deux corps liés et en même temps il y a ce texte qui défile comme si de rien n'était.


Question : Qu'est-ce que ce "spectacle" a apporté à Claudia ?


Claudia Gradinger : j'adore lire, et je suis très sensible aux différents... j'adore l'écriture. Ma recherche ne porte pas sur un concept au départ, mais sur un personnage. Dans un autre travail, je devais fortement m'identifier à un ficus. Je ne pars pas vraiment des histoires, mais des personnes (des êtres). Créer une chorégraphie - ce sont avant tout des propos physiques que l'on traite. C'est à dire créer à partir des sensations physiques (la danse est pragmatique, réelle, non sémantique) et émotionnelles.
Un travail sur les états – qui se fait dans le silence.
Pour moi, la danse c'est une affaire profondément humaine et je travaille beaucoup avec des personnes à la marge (malades psychiques, physiques, personnes âgées, des danseurs atypiques...), des singularités qui sont en quelque sorte des « personnages ».

Ainsi il s'agirait de sortir la danse de son propos technique et de ne plus chercher le geste juste mais le geste vrai.

Le travail autour des Inséparables, est nouveau pour moi parce qu'il s'agissait de partir d'une histoire sémantique.
La contrainte était de trouver la nature des différentes danses correspondant à Léa.

C'est une façon de sortir un peu de la danse.


Question à Marie Nimier : Votre lecture est très proche du théâtre : la danse sert de mise en scène au texte : elle donne à entendre le texte. Est-ce que vous écrivez du théâtre ou cela vous donne-t-il envie d'en écrire ?


Marie Nimier : J'ai commence à en écrire avant même de travailler avec des danseurs. Le théâtre est peut être plus difficile. Le roman, c'est ma terre. Je suis assez timide et donc il m'est difficile d'aller vers les metteurs en scène. Alors qu'avec danseurs : il y a beaucoup d'appétits. C'est une sorte de détour. L'espace et temps deviennent des choses essentielles.


Claudia Gradinger : Avant Marie n'était pas d'accord pour dire que c'était spectacle. Pour Marie, un spectacle serait un texte écrit pour le théâtre, spécialement. Elle disait : c'est juste une lecture .


Marie Nimier : c'est plus qu'une lecture, moins qu'un spectacle. Ce serait bien si pouvait avoir une personne qui regarde ce qu'on fait. Décors.


A propos des apartés


Marie Nimier : on aime bien se faire des surprises : garder cette qualité du vivant, jusqu'au point de dire des choses que l'autre n'attend pas.


Claudia Gradinger : On revient au in et au off : les histoires off sont parfois plus intéressantes. Même si on ne comprend pas, ça apporte quelque chose. Ca titille la curiosité du spectateur.


Marie Nimier : En plus, cela vient des lieux où on a pas le temps de beaucoup répéter, par exemple dans un festival, où les événements se bousculent, et où il peut y avoir des problèmes avec le poste de musique. Cela permet d'atténuer la faille. En plus c'est amusant : le destin des deux personnages et la vie de nous deux : Claudia et Marie. Entre les deux sorte d'amitié il y a une complicité. C'est intéressant.


Claudia Gradinger : Disons que nous avons conçu ce spectacle pour être le plus flexible possible.

A propos de l'escale :

Marie Nimier : vous ne pourrez rien me faire dire contre l'escale du livre: il s'y passe quelque chose.


A propos de futures représentations des inséparables en bibliothèque.


Marie Nimier : Un des buts de ce travail a été de pouvoir le jouer dans des médiathèques. Très léger. En tant qu'écrivain, on nous propose des rencontres en face en face. J'y suis pas forcément à l'aise : ici, ça donne envie de lire.


Ce n'est que la neuvième fois qu'on le joue : on a très peu répété : juste pour les salons du livre et les bibliothèques.


Claudia Gradinger : On a travaillé une bonne semaine et après deux trois semaines. Il n'y a plus beaucoup d'argent dans la danse : il faut faire vite. La moyenne de représentations pour une création en danse est de deux fois par an : cela ne vaut pas le coup de répéter trois mois.


Pour aller plus loin :


Le site de Marie Nimier
Le site des princes de rien, la compagnie de danse de Claudia Gradinger

Un entretien avec Marie Nimier à propos des inséparables


Remerciements à Mme Claudia Gradinger pour sa relecture et ses éclaircissements

Benjamin Sausin


vendredi 10 avril 2009

Échange d’impressions autour de "Je mourrai pas gibier" de Guillaume Guéraud

Marie : Lorsque j’ai lu Je mourrai pas gibier (la version roman aux Éditions du Rouergue), j’ai tout d’abord été étonnée que le livre commence par la fin. Le héros nous dévoile tout de suite la tuerie dont il est l’auteur. Sa culpabilité ne fait aucun doute. Pour autant, le lecteur reste dubitatif et aimerait comprendre ce qui l’a poussé à ce geste insensé. Ainsi, la suite du roman nous narre la descente aux enfers qui l’amène lentement vers cette extrémité…


Claire : Moi aussi j’ai lu Je mourrai pas gibier, il s’agissait de la BD adaptée de ce roman. L’histoire commence aussi par la fin et le personnage principal en est le narrateur. J’ai trouvé l’univers de cette BD très sombre. Les couleurs sont ternes et le trait devient de plus en plus brouillon au fur et à mesure que le drame avance…



Fany : C’est en effet une histoire qui semble tourner en boucle. Comme vous le disiez, on y entre par la conclusion : le narrateur, blessé, est couché dans le jardin ; la police est sur les lieux, elle enquête et dresse le bilan d’un drame qu’on ne comprend pas. En tant que lecteurs, lorsque nous ouvrons la BD – ou le roman – c’est pour nous plonger dans l’incompréhension la plus totale en reconstituant par bribes les faits d’un crime affreux commis par un adolescent, qui nous donne tout d’abord un sentiment d'absurdité, de non-sens.



Marie : Pour ma part, j’ai l’impression que cette scène que l’on retrouve à la fois au début et à la fin est en quelque sorte la destinée du héros, à laquelle il ne peut échapper. Selon moi, l’autre fait marquant est l’amitié entre le héros et Terence le « pleu-pleu », un simple d’esprit qui sert de souffre-douleur à tous les habitants du village, quel que soit leur clan, les scieurs ou les gars de la vigne. La séparation entre les deux clans semble éternelle et est un point fort du roman. Martial, le narrateur, de par ses études et cette amitié essaie de sortir de cette dichotomie infernale, et la seule issue qu’il y trouve est la tuerie qu’il finit par provoquer.



Claire : L’agression du pleu-pleu par le frère de Martial et son ami Fred remet en question toute la vie du personnage principal, sa position dans son village mais aussi celle vis-à-vis de sa propre famille. Dans la BD, quand le héros découvre pour la première fois avec horreur ce que son frère et Fred ont fait à Térence, Martial ne devient plus qu’une silhouette noirâtre. Ses pensées ne sont plus que des traits illisibles, des gribouillis incompréhensibles. Le dessinateur arrive ainsi à retranscrire l’état d’esprit dans lequel il se trouve. On voit sa famille et Fred sous la forme de silhouettes difformes et monstrueuses qui le hantent et le torturent. La deuxième fois, quand Martial comprend que les deux acolytes sont repartis tabasser le pauvre Térence et qu’il le découvre agonisant, l’espace de deux cases sur fond rouge (qui symbolisent la répétition et l’horreur), on comprend parfaitement que le personnage a basculé et qu’il va commettre l’irréparable.



Marie : Ce sont aussi deux moments forts dans le roman. Ils sont décrits de manière courte mais précise, sans ellipse. Cependant, j’ai l’impression, à vous lire, que l’image apporte une force et une violence moins prégnante dans le roman. Ces scènes structurent véritablement le récit et opèrent une incroyable modification dans le comportement du héros.



Fany : Dès le départ, un symbole fort a été introduit dans la BD, comme une menace insidieuse, qui n’est là que pour évoquer la fatalité qui guette Martial : c’est l'image du lièvre que le dessinateur a choisi de glisser dans les pages. Il apparaît à la toute première case de la BD puis on le retrouve en motif discret, glissé parmi d'autres, dans la représentation des pensées du garçon. Un lièvre, c'est le gibier par excellence, la proie facile. Ici, cette image de la victime aux abois évoque le véritable drame, celui qui donne tout son sens à l’histoire et qui sert de titre au roman, qui est résumé par un dicton du village énoncé dès les premières pages : "je suis né chasseur, je mourrai pas gibier." Au fil des pages, les deux camps se dessinent : les chasseurs aux instincts violents et cruels et les gibiers, victimes d’être différents et impuissants face au danger. Pris entre sa nature et son désir de vengeance, Martial endossera tour à tour les deux rôles.


Claire : À la fois, chasseur puis gibier, Martial n’avait aucune chance de s’en sortir. Dans la BD, son saut dans le vide est représenté comme une clé vers la liberté et pourtant le lecteur sait dès le départ qu’il ne s’en sortira pas car s’est sur un échec que commence cette histoire. Comme pour mettre un point d’honneur à la fatalité, Je mourrai pas gibier montre la vie d’un jeune garçon qui malgré ses efforts, n’a pas réussi à renier ses origines.


Le roman :
Je mourrai pas gibier
Par Guillaume Guéraud
Editions du Rouergue, collection DoAdo
Janvier 2006


La bande dessinée :
Je mourrai pas gibier
Par Alfred
Editions Delcourt


Marie Bouvet, Claire Peraud et Fany Daouk, A.S. édition - librairie

jeudi 9 avril 2009

Marie N'Diaye et le projet salle blanche, zéro particule de Denis Cointe.


A droite, trois musiciens dans la lumière. A gauche au fond, dans l'ombre, Marie N'Diaye. Ensemble et séparés. Dès la mise en espace de cette performance, on sent l'intérêt et la limite de ce projet.

Intérêt de mettre en musique les mots de Marie N'Diaye, avec un challenge relevé : comment ne pas se contenter d'illustrer, de faire de jolis sons ? La solution trouvée : ne pas tant faire lire Marie N'Diaye que d'utiliser sa voix comme un son. Passée à travers un sampler, triturée, mettant en valeur l'aspect physique de la lecture, les sons de gorge, elle est méconnaissable et se fond dans la musique.

La musique parlons-en, puisqu'elle est au coeur du projet. C'est ce qu'on appelle du post-rock : comprendre un enchaînement de notes lent, et parcimonieux, ou le silence a autant de valeur que la basse, le synthétiseur, la voix ou le saxo free de Denis Cointe. On pense aux lents arpèges désertiques du groupe Earth. On pense aussi aux rêveries de Kat Onoma, ou de Tarwater.

Derrière le groupe, un écran bleu, sur lequel s'imprime au fur et à mesure la chaise de Marie N'Diaye, signe qu'elle va bientôt parler. Et c'est dans ces 5 dernières minutes que le projet se révèle le plus convaincant. Elle a une très belle voix, et le texte, qui parle de tourment intérieur, libéré des effets sonores, trouve sa force.

Limite donc, au final, d'un projet qui invite un écrivain, mais qui ne croit pas complètement dans la force des mots, alors qu'ils sont ce qu'il y avait de plus intéressant. Du coup, il faut bien avouer qu'on a un peu dormi.

La représentation de Samedi étant toutefois un work-in-progress, attendons d'en voir la version finale pour donner notre dernier mot.

La photo est tirée du site officiel de l'escale 2009

mercredi 8 avril 2009

Les figures de la littérature: Roland Barthes


L'ennui de Barthes, ses velléités d'écriture romanesque (La vita nova), son désir refoulé pour la poésie et la narration. La période dure des années soixante, celle de la sémiologie, de la sémiotique et de la révolution culturelle. Son voyage en Chine et son aveuglement devant le maoïsme. Paris, la fête et l'ennui, encore. Des livres cryptés, notamment l'empire des signes. La fin de sa vie, ce trop plein de langage. Ce besoin de rupture et de neutralité. La mort dans un quasi-anonymat.


Voilà les thèmes majeurs, abordés à l'Escale du livre lors de la table ronde du dimanche 5 avril en compagnie de trois auteurs qui ont tous eu le privilège de rencontrer Barthes : Jean Esponde (Roland Barthes, un été (Urt 1978), paru chez Confluences), Phillipe Mezescaze (De l'eau glacée contre les miroirs aux éditions Le Rocher) et enfin Raphaël Sorin (21 irréductibles paru aux éditions Finitude).

Loick V.

La Douleur : Marguerite Duras et Patrice Chéreau

Dès l'entrée dans la salle immense et presque inappropriée du TnBA, la rupture se fait sentir. Entre la salle, bruyante, bondée et mondaine, et la scène, froide, sombre, nue à l'exception d'un bureau et de quelques chaises, et de cette femme, Dominique Blanc, de dos, qui attend. C'est un sentiment presque kafkaïen qui touche le spectateur, même lorsque débute le texte, au vu de ce personnage, si frêle et si seul sur ce gigantesque plateau.

Pourtant, à lire l'œuvre mise ici en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, c'est d'abord l'intime qui prime. La Douleur, journal de guerre de Marguerite Duras, est un témoin d'attente. De l'attente d'une femme, au cœur de la joie nouvelle qu'a procuré au peuple français l'annonce de la Libération. De l'attente de l'homme qu'elle aime, Robert L. -Robert Anthelme, le mari de Marguerite Duras- déporté durant la guerre dans un des camps de concentration dont on découvre à peine l'horreur. Les prisonniers rentrent par groupe, à la gare d'Orsay, accueillis par les femmes et les amis. Elle, elle attend encore. Il doit en revenir un sur cinq-cent, il est possible qu'il rentre. Il est possible qu'il soit mort. Elle ne mange plus, ne se lave plus, elle liste les noms des survivants pour un journal révolutionnaire. Elle l'attend, sans plus savoir qui elle attend, pourquoi elle l'attend, lui. Quand il sera là, elle n'aura plus qu'à se laisser mourir.

Texte littéraire mais écrit à la première personne, il a d'abord été travaillé comme simple lecture avant d'être mis en scène . Cette femme donc, lit ce journal, qu'elle « ne se rappelle pas avoir écrit », et se souvient. Des lieux, des sensations. Ce n'est pas le récit qui est mis en scène, mais le souvenir, de l'avoir vécu, d'avoir fait ces trajets, ressenti cette souffrance. Et dans la lecture, le plateau devient tour à tour la gare, la maison ou elle attend, et le lieu où elle se rappelle.

La scénographie est simple, à l'image des mots de Marguerite Duras, les accessoires sont réduits à l'essentiel, la lumière est fixe, peu travaillée. Dominique Blanc porte presque seule le poids de ce texte, comme le poids de cette douleur qui la rend folle. Simplement toujours, humblement, elle raconte. L'histoire dans l'Histoire.

Lorsque la lumière s'éteint, lorsqu'elle sort lentement de scène, la salle retient son souffle. Pour mieux applaudir la prestation de cette comédienne, dans une standing-ovation tranchant presque violemment avec les mots qui l'ont précédé.

« Le mot "douleur", conclut Patrice Chéreau, est plus profond que "chagrin" ou "souffrance" qui passent. La douleur, elle, ne vous quitte jamais. »

La Douleur de Marguerite Duras, mise en scène Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, avec Dominique Blanc.
Prochaines dates : 9 et 10 avril 2009, Théâtre de la Croix Rousse, Lyon.


Elisa.

lundi 6 avril 2009

Dessin Live : Battle de dessinateurs

Ce samedi au Forum BD, trois auteurs de bandes dessinées ont mis à l'épreuve leur inventivité et leur talent. Marc Chalvin, Didier Poli et Cédric Perez ont participé à cette bataille amicale, animée par Sandrine Revel, elle-même dessinatrice de bandes dessinées. Des épreuves amusantes et variées, des sujets tirés au sort, et c'est dans la bonne humeur que ces auteurs aux styles très différents ont offert au public un aperçu de leur créativité.


Eric Debenat.

samedi 4 avril 2009

Librairie " La Colline aux Livres"

La librairie la Colline aux Livres a un long passé. Il y a une vingtaine d’années Joël et Nadine Cornuault ont ouvert une librairie à Bergerac qu’on nommait alors « la Brêche ». Mais il y a deux ans, ils ont décidé d’ouvrir une nouvelle librairie et de déménager à Vichy.

Au cours de l’année 2007 la Brèche est devenue La Colline aux Livres suite à son rachat par sa nouvelle propriétaire, une jeune libraire motivée, répondant au nom de Coline Hugel. Cette jeune femme, son diplôme de DUT métiers du livre en poche, a fait ses armes en exerçant successivement à la librairie Sauramps de Montpellier en assurant les fonctions de chargée des manifestations extérieures pendant deux ans, puis de responsable du rayon pratique avant de prendre la direction du secteur jeunesse.

Cette professionnelle a reçu le prix Lilas. Les Lilas du livre, sont un hommage dédié aux métiers du livre et sont remis par L’Académie Lilas. Créé en 2007, le Prix Lilas a pour vocation de promouvoir la littérature au féminin. Il couronne un roman écrit par une femme en français, publié entre janvier et mars.

Le jury 2007, qui compose l’Académie Lilas, a décidé de poursuivre l’aventure en créant les Lilas du Livre, qui couronneront chaque année une libraire, une éditrice et une attachée de presse mettant avec bonheur leur énergie et leur compétence au service du livre (http://prixlilasblog.over-blog.com/).

La Colline aux Livres propose un large choix de livres généralistes, un rayon jeunesse des sélections de disques, des titres en langue anglaise, et des rencontres tout au long de l’année. La Colline aux Livres, c’est aussi un lieu de rencontres entre lecteurs et auteurs, des animations pour les plus jeunes et des expositions diverses autour de thèmes qui réunissent littérature et art.

Vous pourrez retrouvez la colline aux livres à l'escale du livre !

Adresse : La Colline aux livres

Place Louis de La Bardonnie - 24100 Bergerac
Tél. : 05 53 57 90 97
Courriel :
lacollineauxlivres@free.fr
Site web : www.lacollineauxlivres.com
Contact :

Horaires et jours d’ouverture : Du mardi au samedi matin : 9h à 12h30 après-midi : 14h-19h

Sandrine DUTERTRE, 2 ème année bib med

vendredi 3 avril 2009

Eddy L. Harris (Dimanche 5 Avril, 17h30, Tn'bar)


Inspiré par un père conteur, l’américain Eddy L. Harris est devenu écrivain. Voyageur, il est à l’affût d’histoires dont il se dit le « passeur » : elles sont là, il en est le témoin et il les raconte. Il a décidé de poser un temps ses bagages en France mais, resté vagabond dans l’âme à la recherche de son identité, il continue à écrire. Dans ses livres, il parle de sa réalité d’homme libre, de ses racines africaines dont il n’a pas pu retrouver de traces, de la chance qu’il a d’être américain, de son séjour dans le légendaire quartier new-yorkais d’Harlem, du racisme… Bien qu’il connaisse notre langue parfaitement, Eddy L. Harris utilise toujours sa langue natale, l’anglais, pour s’exprimer sur papier et mettre en scène ses mots. Son dernier récit « Paris en noir et black » paraîtra le mois prochain.

Nolwenn (AS bibliothèques - médiathèques)

Liens utiles :


La fiche de Eddy L. Harris rédigée par sa maison d'édition Liane Levi :

http://www.lianalevi.fr/auteurs/harris.htm


Eddy L. Harris lit un extrait de son livre "Jupiter et moi" sur le site de Télérama :

http://www.telerama.fr/livre/eddy-l-harris-lit-un-extrait-de-jupiter-et-moi,35280.php


Avant-première de l’Escale du Livre : En quête d’indices à Bordeaux (1er avril au TnBA)

Deux cadavres dont un celui d’un policier, une équipe de la police judiciaire pour élucider la scène de crime, un auteur de polar, tous les éléments étaient réunis pour passer une soirée riche en rebondissements…
En 2009, la SNCF renouvelle son partenariat avec l’Escale du Livre et propose une nouvelle manière de promouvoir le roman policier. Les acteurs en herbe, officiers de police judiciaire, procureur, médecin légiste, psycho-criminologue jouaient leur propre rôle sur une scène de crime librement inspirée du roman Les Morsures de l’ombre de la lauréate du prix Polar SNCF, Karine Giebel. Le capitaine Fracasse a mené son équipe de main de maître tandis que le commandant Cousteau traduisait pour un public captivé les gestes effectués et leur importance. Grâce aux indices scrupuleusement repérés et collectés, les enquêteurs ont pu remonter jusqu’à l’assassin.
À la suite de cette magistrale démonstration ponctuée de pointes d’humour, les professionnels présents se sont de bon cœur prêtés au jeu des questions-réponses, ce qui a permis de démythifier la profession et de lever des fantasmes profondément ancrés par le cinéma et les séries télévisuelles.
Une soirée pleine d’originalité, qui donne envie de se jeter sur le roman de Karine Giebel pour découvrir la totalité de l’intrigue et repérer les points commun avec la scène de crime telle qu’elle a été jouée mais aussi les pièges laissés par les malicieux policiers.


Marinette (AS Edition-Librairie)


Liens utiles :

Pour en savoir plus sur le prix SNCF, direction le site officiel :

http://www.polar.sncf.com/polar/sections/public


La fiche auteur de Karine Giébel chez son éditeur : le fleuve noir :

http://www.fleuvenoir.fr/fiche-auteur-23013-9782265085848.html


jeudi 2 avril 2009

Marguerite Duras, La Douleur

Qui est cette femme qui attend, comme beaucoup d'autres, le retour de son mari déporté ? Elle ne mange plus, mais pense, réfléchit, imagine, délire, appréhende, tressaille, et sursaute à la moindre nouvelle. Elle a peur et est envahie par la Douleur.

Marguerite Duras ne se rappelle pas d'avoir écrit ce texte, au retour de Robert L. , Robert Antelme, retrouvé dans des cahiers à Neauphle-le-Château.

Dominique Blanc interprète cette Douleur, seule sur scène, sous la direction de Patrice Chéreau.


Inès Adam et Hortense Reymond.

Débat : "Littérature d'un pays disparu"

La Yougoslavie, pays des Slaves du Sud, terre de conflits incessants... Trop de cultures différentes, trop de revendications... Les guerres qui ont ravagé le pays tout au long du XXe siècle ont fortement marqué les esprits. Comment garder une identité et une culture dans un contexte si peu favorable ? Comment ne pas se noyer dans la douleur, avec la perte d'êtres chers, la perte de repères culturels ? Comment faire face à tant de souffrance ? Depuis peu la littérature se veut source de réponses ou tout au moins source de soulagement : des hommes et des femmes partent en quête d'eux-mêmes et libèrent leur souffrance en écrivant. Cette littérature s'inscrit dans la continuité de la recherche de soi, de son identité culturelle et de son pays. La guerre y tient le premier rôle. Il faut trouver un moyen pour se reconstruire, tout comme l'on reconstruit un pays en cendres.

Quatre auteurs qui essaient de répondre à cette crise seront présents à l'Escale du Livre à l'occasion du débat organisé le vendredi 3 avril à 16h30 au Studio du TnBa : Sonia Ristić avec Orages (Actes Sud), Cécile Ouhmani avec Le Café D'Yllka (Elyzad), Brina Svit avec Coco Dias ou la porte dorée (Gallimard), et Rouja Lazarova avec Mausolée (Flammarion). Sera également présent Jean-Marie Laclavetine, traducteur, éditeur, romancier et polémiste.

Un débat ouvert à tous !

Isabel et Julie.

dimanche 29 mars 2009

Des gens insensés autant qu'imprévisibles, un recueil de nouvelles de Claude Bourgeyx (2008)

A l'occasion de la venue de Claude Bourgeyx à l'escale du livre 2009, nous vous présentons son dernier recueil de nouvelles : des gens insensés autant qu'imprévisibles.


« Il s'en tient à l'idée que les écrivains sont des gens insensés autant qu'imprévisibles, et qu'avec eux il faut s'attendre à tout ».(p.48)

14 nouvelles par un maître de l'humour noir, voilà qui ne se refuse pas. On y trouve une galerie d'écrivains tous plus loufoques les uns que les autres : que ce soit ce jeune homme poussé au suicide par la perte de son manuscrit, cette ancienne poétesse prodige qui a mal vieilli, ou encore cet homme harcelé par sa femme qui voit en lui un futur grand, tous se retrouvent pris dans des situations étranges, qui les pousseront dans leurs derniers retranchements.


On est dans le genre de la nouvelle à chute, jamais aussi proche de son sens littéral : un grand nombre se termine par une mort violente. Malgré tout, on sourit beaucoup à la lecture de ce recueil : Claude Bourgeyx a une écriture légère qui permet de faire passer les événements les plus sordides comme une lettre à la poste. On aura beau avoir honte d'en rire, on le fera quand même.


On rit donc d'un franc rire jaune : si la nouvelle est un genre moral, ici, elle se teinte largement de cynisme. Tous les coups bas sont permis.


Le décalage se fait d'autant plus facilement que Bourgeyx base souvent sa nouvelle sur une confrontation de points de vue :


« [Premier narrateur] : Après une jeunesse anxieuse passée à fabriquer une écriture narcissique sans relief,et encore des années à aligner au compte-gouttes des mots trop fades, voilà que dans le maëlstrom de cette période noire, je parvenais enfin à forger une oeuvre cohérente et serrée.

Je m'étonnais moi-même

[Narrateur principal] : J'avais senti que ça ne collerait pas » (p.12 - 13)


Parce qu'ils ne se comprennent pas, les personnages se dirigent vers des fins absurdes, et toujours surprenantes : si le lecteur peut émettre des hypothèses, la conclusion les balaie tranquillement d'un petit revers de phrase.


Bourgeyx écrit dans un style clair et léger, qui n'empêche pas l'émotion, et si le recueil se lit vite, il vit longtemps dans le lecteur, touché par l'absurdité et la cruauté d'une vie qui s'acharne sur ses écrivains, certes un peu ridicules, mais si sympathiques.


Benjamin Sausin


Des gens insensés autant qu'imprévisibles, Claude Bourgeyx, Le Castor Astral, collection Escales des lettres, 130 p., 2008.


vendredi 27 mars 2009

Le blog du cinéma Utopia

Le « u-blog 33 » est le blog du cinéma Utopia situé à Bordeaux. Il présente, sur un fond marin illustré par une baleine et un sous-marin, le programme des films diffusé au cinéma Utopia. D'ailleurs les liens des titres de films nous guident vers le site officiel d'Utopia où se trouvent des résumés complet ainsi que des critiques.

Le blog contient aussi des éditos présentant l'actualité avec un regard critique et ayant pour sujet le conflit en Israël, la crise des banques, l'actualité touchant à l'Utopia...

Il existe aussi d'autres catégories : la vie du cinéma, regroupant tous les articles et éditos concernant l'Utopia, une présentation de l'ISF (Indépendants, Solidaires et Fédérés), une boutique, des rencontres politiques et médias ayant lieu dans le cinéma, la présentation de l'association Paysans, Consommateurs et Associés (PCA), tout ce qui concerne les films (festivals...), des rendez-vous divers et des soutiens.


N.G., C.G. et M.D.

U-blog33

La Douleur de Marguerite Duras

(Gallimard/Folio, 1993, 217 pages)


1944, c’est la Libération de Paris, Marguerite Duras n’attend plus que celle de son mari –qu’elle appelle Robert L. (Robert Antelme), un résistant arrêté par la Gestapo et détenu dans le camp de Buchenwald.

C'est l'histoire d'une attente fiévreuse, d'une dévotion à la résistance et à l'espoir. Cette ineffable errance, elle est parvenue à l’écrire dans ce journal autobiographique nommé « La douleur », refuge dérisoire contre l’étreinte de l’absence.

Les phrases autant que les pensées sont fragmentées, elles se dissipent vers l’espoir ou se figent dans l’immensité de l’attente. On ploie au fil des pages sous le fardeau des jours, sous le discours erratique de l’auteur.

Les longs couloirs du Centre d'Orsay où transitent les prisonniers, sont rongés par ceux qui sont restés et qui piétinent dans l’infirmité du temps.

Robert L….un nom qui vient nous hanter. On l’attend avec elle. On suffoque, on s’essouffle.

On le retrouve enfin et on finit par se rendre compte qu’un homme peut disparaître corps et âme, traumatisé par une incommensurable douleur. Duras trouve les mots, alors même que la conscience renonce.

Cette douleur est multiple. Il y a celle de Marguerite, celle des autres familles qui attendent, celle des déportés en sursis et celle de la France qui attend de renaître. Il y a la douleur du corps, dissout, étique, désincarné et celle du cœur, atrophié.

La douleur s’exprime par phrases émiettées, jetées comme des derniers souffles. Elle est un long cri acharné, devant le décharnement de la France et de sa liberté. C’est la vérité nue de l’atrocité des camps et le combat de la dignité dans les ruines charnelles. La résistance dans le combat, la résistance dans l’attente, dans le sursis de la résurrection.

Cette vie qui reprend sur les décombres nationaux, sur les vestiges intimes, elle l’écrit avec une justesse et une force déconcertante…


Afin de transmettre ce texte troublant, Patrice Chéreau met en scène -avec la complicité de Thierry Thieû Niang-.l’une de ses actrices fétiches, la saisissante Dominique Blanc. La représentation aura lieu les 4 et 5 avril au TnBA.


Céline Cuny, Mathilde Lechon, Marie Clergeaud, Noémie Defaye.

Création plastique à l'Escale

Quatre auteurs - illustrateurs aux univers bien différents, Delphine Chedru, Kris Di Giacomo, Janik Coat et Adrien Albert seront réunis dans le cadre des Escales du livre 2009 pour la création d’un pictionary géant. Deux équipes, des devinettes et bien sur des dessins, tout ça agrémenté par les suggestions du public, en feront un moment plein de bonne humeur à partager… et surtout n’oubliez pas, plus on est de fou plus on ri !



Delphine Chedru, auteur – illustratrice, a déjà publié une quinzaine de livres, parus chez Seuil Jeunesse, Dargaud, ou Milan. Diplômée de l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, elle exerce également le métier de graphiste free-lance. En plus de s’être lancée sur le chemin de la création de livres pour enfants, elle est coloriste en bandes dessinées. Associations de couleurs et travail sur les formes caractérisent l’œuvre de Delphine Chedru. Les nombreuses nuances et les motifs utilisés confèrent une énergie particulière à son travail. Riches en devinettes et en jeux de mots, ses albums sont ludiques et interactifs… à faire découvrir au plus jeunes…


Kris Di Giacomo, illustratrice d’origine américaine, a suivi des études de peinture à la Parsons School of Design et vit aujourd'hui à Paris ou elle donne des cours d’anglais aux jeunes enfants. Elle est également graphiste et photographe. Auteur de nombreux albums parus aux éditions Frimousse et Kaléidoscope, elle aime par dessus tout donner vie à des animaux plus ou moins exotiques ; Sardines, chauve-souris, animaux de la campagne ou de la jungle,… Pour mettre en scène ses héros, elle utilise les techniques du dessin et de la peinture traditionnelle mélangées avec la technologie de l'ordinateur en privilégiant les couleurs douces, les formes rondes et les effets de matières.

Cette illustratrice et son univers tout à fait original seront à découvrir lors de l’exposition des originaux de l’album Trois sardines sur un banc ainsi qu’en action lors du pictionary géant.


Adrien Albert, 30 ans, a lui, un parcours un peu plus atypique. Successivement métallurgiste, vidéaste, majordome, cuisinier, Adrien Albert est aujourd’hui illustrateur de presse au journal Le monde. Après avoir dessiné de nombreuses images satyriques, il s’est lancé en 2008 dans les albums jeunesses. Son Seigneur Lapin, publié à l’École des Loisirs, a obtenu le soutient immédiat des professionnels de la littérature jeunesse. Sur un format à l'italienne, il construit un monde aux couleurs vives grâce à des illustrations fines et expressives. Sans texte, cet album est un véritablement OVNI ou l’on voit se mouvoir un anti-héro lapin qui réussit à conquérir le cœur d’une princesse grâce à son ingéniosité et à ses dons d’observation ! Plein d'humour et de tendresse, ce premier essais, qui se voulait un hommage aux enlumineurs du Moyen Âge, est une réussite. On en redemande !


Janik Coat a suivi des études de graphisme aux Beaux-Arts de Nantes. Elle est graphiste et depuis peu auteur-illustratrice de livres pour enfants. Ses deux premiers albums, sortis respectivement en 2008 et 2009, ont été publié aux éditions Autrement. Janik Coat nous propose pour ses début en littérature jeunesse des illustrations toutes en rondeurs et pleines de charmes. Son univers poétique, merveilleux et plein de couleurs aide à aborder les choses qui font la vie : le noir et les couleurs, la confiance en soi, la différence et le partage... sujets de ses deux albums.


Lucille.

Quand trois sardines sur un banc font escale à Bordeaux

Si nos trois sardines ont pour habitude de se prélasser au soleil en rêvant d'horizons lointains, elles vont pourtant devoir se poser le temps d'un week-end à Bordeaux…


En effet, les deux auteurs de ce charmant voyage onirique, Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo, représenteront leur éditeur : L'Atelier du Poisson Soluble, qui, depuis 20 ans, propose des ouvrages atypiques au graphisme et au style particuliers. Trois sardines sur un banc ne déroge pas à la règle : premier aperçu, le livre est de la taille d'une boîte de sardine : réaliste, non? Le deuxième… les illustrations un tant soit peu délirantes, extravagantes : un cerf–volant tout droit sorti d'une gravure, des bottes aux pieds avec des ailes rose saumon (si, si…un lien avec les sardines peut être?). Mais au-delà du graphisme, ce sont les textes qui nous surprennent : les cerfs-volants généralement définis comme des "objets volants" se transforment en cerfs–volants : "animaux volants", quant aux ours mangeant des "esquimaux", il s'agit bien de glaces que tu achètes au bord de la plage l'été et non des hommes qui vivent dans les igloos…

Original tel serait donc le mot approprié pour décrire cet album dédié à Laïka, ce petit chien envoyé en 1957 dans l'espace comme cobaye. Clin d'œil historique, comme Laïka morte 7 heures après son décollage, les trois amies, qui rêvaient tellement de liberté et de voyage, finiront dans une boîte de sardines à la merci d'une fourchette.

A conseiller à tous nos petits rêveurs. Pour consulter le catalogue des Editions du Poisson soluble rendez-vous sur www.poissonsoluble.com


Marie Pare.

Le Café d'Yllka de Cécile Ouhmani et Orages de Sonia Ristić

Le café d’Yllka, Cécile Oumhani

A travers un journal qu’elle tient depuis toujours, Emina revit l’effroi d’une guerre qui a compromis son enfance.
Après quinze ans d’exil, elle retourne à Tetovo en Bosnie, sur les traces d’Yllka, sa mère disparue.
L’odeur du café du matin ! C’est tout ce qu’il lui reste d’elle. Mais comment la retrouver ?
L’amour, le chagrin, la séparation et l’espoir des retrouvailles, autant de thèmes abordés dans un roman bouleversant et poétique, signé Cécile Oumhani. A lire et à relire !




Orages, Sonia Ristić

Tamara est étudiante à Paris. Une histoire d’héritage la ramène à sa terre natale : Belgrade.
C’est avec pudeur, qu’on découvre cette jeune femme déracinée, en quête de son identité. Elle trouve refuge dans l’amour-passion, mais dans ce pays qu’elle ne reconnaît plus, même les plus vieilles connaissances peuvent changer. Elle veut fuir son passé qui lui renvoie une culpabilité : l’abandon de son père et la mort de sa mère. Un livre très accessible et sincère d’une femme en recherche de reconnaissance, à laquelle toute adolescente peut s’identifier.





CHRONOLOGIE : l'éclatement de la Yougoslavie


Créée en 1918, démembrée en 1941, reconstituée à l’issue de la guerre, la Yougoslavie est le
pays d’Europe le plus complexe du point de vue national. La coexistence des groupes nationaux
a fini par ne plus être possible.

- 29 novembre 1945 : la Yougoslavie compte six Républiques (Slovénie, Croatie,
Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine et Monténégro) et deux provinces autonomes
rattachées à la Serbie (Kosovo et Vojvodine)
- Il existe 3 langues officielles : le slovène, le serbo-croate et
le macédonien.
- Trois religions sont pratiquées : le catholicisme (les Croates et les Slovènes), l’orthodoxie ( les Serbes et les Macédoniens non Albanais) et l’islam (surtout au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine)
- 1953 le maréchal communiste,Tito, est élu à la présidence de la Yougoslavie et le restera jusqu'en 1980,

Ce mélange de culture de nation mène à la montée des nationalismes, qui coïncide avec la chute du communisme dans les années 90.
- 25 juin 1991 : la Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance. Le conflit éclate et se propage jusqu'en Croatie puis en Bosnie-Herzégovine en 1992, où s'affronte Serbes, Croates et Bosniaques.
Le conflit s'enlise avec le bombardement et le siège de Sarajevo qui devient une guerre d'usure.

- Décembre 1995 : la guerre prend fin avec l'aide internationale, les accords de Dayton sont signés a Paris, tandis que des affrontements subsistent au Kosovo.

- Le 17 février 2008 : le Kosovo proclame une indépendance encore très contestée.


L'histoire de la Yougoslavie a été marquée par des guerres fratricides qui ont parfois conduit à de véritables génocides (Sebrenica), dont certains coupables n'ont toujours pas été condamnés.
Cette guerre qui a contribué a redessiner les frontières européennes, a influencé de nombreux auteurs, telles Cécile Oumhani et Sonia Ristic...



Kadija et Morgane.

dimanche 22 mars 2009

Rencontre entre Stéphanie HOCHET et Carole ZALBERG

Après La Mère horizontale, Carole Zalberg vient de signer son nouveau roman Et Qu’on m’emporte. Nouveau récit, nouvelle femme. Autre femme, autre mère. Autre ? Peut être pas tant que ça. Dans ce dernier roman, Carole Zalberg met en scène une mauvaise mère, qui, venue au terme de sa vie et rongée par la maladie, écrit à sa fille morte. Elle lui parle de sa vie, de ses fautes, de ses sentiments sans jamais émettre le moindre regret sur les attitudes qu’elle a pu avoir en tant que mère.

Stéphanie Hochet, auteur au style corrosif, nous offre dans son dernier roman Combat de l’amour et de la faim, le combat d’un jeune homme cruel et prisonnier de l’amour incestueux qu’il a envers sa propre mère. Cette mère qui aura fait de son fils le même genre d’homme brutal que ceux aux bras desquels elle se livrait sous ses yeux alors qu’il n’était qu’un enfant.


Deux héros incapables d’aimer : deux récits, à la fois terribles et délicieux, signées par deux femmes contemporaines.

Stéphanie Hochet et Carole Zalberg se rencontreront pour notre plus grand plaisir au Café Vitez, le dimanche 5 Avril à 15h00, à l’occasion de l’Escale du livre.


Sandrine Robin

jeudi 19 mars 2009

Les Éditions de la Cerise

Maison d’édition d’arts graphiques spécialisée en bandes-dessinées, les éditions de la Cerise furent fondée en 2003 par Guillaume TROUILLARD revêtant la forme juridique de l’association. Le président n’a pas changé à l’heure actuelle et le siège social est situé à Bordeaux.

En 2002, l’Ecole des Beaux-arts d’Angoulême diplôme six jeunes gens avides de développer de nouvelles techniques graphiques et de produire des œuvres avant-gardistes. Rompre avec les conceptions artisanales de l’art, entreprendre des actions expérimentales, provoquer et susciter l’interrogation, tels étaient les buts des joyeux drilles qui s’auto-baptisèrent Les Six Berbères sont Douze. Ce collectif d’auteurs monte alors une exposition lors du festival international de la bande-dessinée d’Angoulême, où depuis, ils ne manquent pas de faire une apparition annuellement.

En 2003, Guillaume Trouillard a l’idée d’élaborer une revue collective Clafoutis, profitant de cette occasion pour réunir certains membres des Six Berbères sont Douze. Chacun y met du cœur, une idée, un texte, un croquis et le projet de revue avance petit à petit. Seulement voilà, aucun d’entre eux ne connaît les lois qui régissent le marché de l’édition et publier la revue s’avère plus difficile que prévu. En effet, aucune maison d’édition ne veut prendre le risque de publier Clafoutis, revue qui se revendique comme étant avant-gardiste : l’ouverture à l’expérimentation dans l’édition est quasi-inexistante et la petite équipe doit faire face à des refus. La déception est grande mais cela était sans compter la détermination de Guillaume Trouillard qui décide d’ériger le collectif en association afin qu’ils puissent éditer eux-mêmes leur revue. L’association choisit les Editions de la Cerise comme appellation (quoi de plus logique pour une maison s’apprêtant à publier Clafoutis).

Mais les compères ne s’arrêteront pas en si bon chemin,ils n’en ont pas fini avec l’édition et le deuxième tome de la revue verra le jour un an plus tard, faisant naître avec lui une nouvelle collaboration avec un artiste argentin : Carlos NINE. Des débuts parfois difficiles et pourtant la maison d’édition continue de produire. Certes le rythme est irrégulier et pourtant on s’aperçoit qu’un livre voire deux sont édités chaque année. Loin de se décourager, Guillaume fait avec et la petite structure garde sa philosophie du départ : publier des œuvres de qualités, inclassables ou improbables mais s’inscrivant toujours dans une approche de recherche et d’innovation sur le plan artistique. La sortie en France et en Espagne de La saison des flèches de Guillaume Trouillard est prévue pour cet été, plus piquant qu'un Clafoutis mais goutez-y tout de même....


Charlotte Coutou.


Site des éditions de la Cerise : www.editionsdelacerise.com